Yann Daumas
Les tableaux petits formats de Yann Daumas, réalisés entre 2001 et 2006, explorent la surface limitée de notices de médicaments. “Ma mère est infirmière, mon père est peintre” explique l’artiste pour justifier sa fascination obsessionnelle pour les notices d’expédients.
De posologies en métaphores, l’ancien étudiant des Beaux-arts de Marseille, utilise l’espace de liberté qu’il lui est ici concédé : des territoires exsangues, presque hostiles qui se nomment Subutex ou Stilnox et qu’il revisite au gré de ses humeurs. L’artiste s’y projette et y fixe les effets possibles de ces médicaments. Une réalisation qui par l’’utilisation d’emballage de produits de consommation rappellent une installation de 2006 où l’artiste exposait près de 5000 paquets de cigarettes customisés à l’envi.
Ainsi, par touches discrètes, de précis traits de crayons en larges aplats de gouache, Yann Daumas appose par doses homéopathiques des dessins figuratifs, parfois violents, souvent humoristiques. A la manière d’un instantané figeant une réalité sombre ou loufoque, les œuvres se répondent et jaugent le regard du spectateur. Effet indésirables et contre-indications expriment par une transparence étudiée la symbolisation d’une vie quasi éternelle que les sciences semblent nous vendre. Comme des ‘marqueurs’ de temps, des tableaux représentant des gâteaux, peints par l’artiste à l’occasion de ses anniversaires, ponctuent de manière insolite cette exposition.
Un travail personnel, peut-être même thérapeutique, qui parvient à créer un second niveau de lecture à partir d’un support à la sémantique déjà très lourdement chargée. Au delà de l’utilisation provocante, voire désespérée de ces notices pharmaceutiques, les œuvres de l’artistes délicieusement insensées font sens, sans toutefois se départir de cette liberté qui le taraude : celle de s’émanciper de son support.
