Nobody knows the trouble I’ve seen

Fred Mars Landois

Quand Louis Arm­strong chan­tait le gos­pel No­bo­dy knows the trouble I’ve seen but Jesus, il té­moi­gnait au­tant de la sé­gré­ga­tion et de la vio­lence vé­cues par les Noirs amé­ri­cains que de l’op­ti­misme et du ré­con­fort chers à l’évan­gé­lisme des an­nées 1930. Quand Fred MARS Lan­dois choi­sit comme titre « No­bo­dy knows the trouble I’ve seen », il n’ap­pelle à au­cune force su­pé­rieure com­pa­tis­sante et sus­cep­tible de lui venir en aide, il rend seule­ment compte d’un fait. La phrase sonne alors comme une sen­tence ir­ré­vo­cable.

Ce titre ca­té­go­rique in­tro­duit une ex­po­si­tion qui n’est pas tendre avec le vi­si­teur et le met face à un mal être per­son­nel, mais néan­moins par­ta­gé, à des ques­tion­ne­ments in­times, et pour­tant col­lec­tifs. Ainsi, le Ré­cu­pé­ra­teur de larmes, ré­cep­tacle en verre posé au creux d’un cous­sin, nous ren­voie à nos mo­ments de doutes et de mal­heurs, où l’on pleure seul, à l’abri de re­gards que l’on craint in­qui­si­teurs, em­plis de ju­ge­ments ou com­pré­hen­sifs ; en tous cas in­ap­pro­priés et in­utiles. Avec la sé­ri­gra­phie Plai­sir d’of­frir, l’ar­tiste nous em­mène vers un autre sen­ti­ment, la dé­cep­tion, en fai­sant ré­fé­rence aux fa­meuses boîtes que l’on peut ten­ter d’at­tra­per dans les fêtes fo­raines, moyen­nant fi­nance et pa­tience, et qui ne contiennent qu’un ca­deau très mé­diocre, le plus sou­vent dé­ce­vant.

Une autre sé­ri­gra­phie, Gold is the rea­son, re­pré­sente un homme qui tombe d’une tour, scène tra­gique à l’issue fa­tale. Cette chute dorée sym­bo­lise la crise ban­caire oc­ci­den­tale de ce début de siècle et fait écho, de façon cri­tique et ex­pli­cite, à l’ac­tua­li­té ju­di­cia­ro-fi­nan­cière fran­çaise de ces der­nières se­maines.

Après avoir évo­qué mal­heur, dé­cep­tion et im­puis­sance, l’ar­tiste se fait plus cy­nique et pro­pose Eu­rê­ka Uto­pie, mes­sage am­bi­va­lent. Les grandes idées hu­maines sont-elles vouées à l’échec car ir­réa­li­sables ? Ou au contraire, le seul moyen d’échap­per à la dure réa­li­té est-il de se tour­ner vers l’uto­pie ? Comme de­vant toute œuvre, c’est au re­gar­deur de dé­ci­der.

Fi­na­le­ment, l’ar­tiste ap­pa­raît comme un être seul dans sa conscience du monde, dans sa vi­sion acerbe et dé­pres­sive de ce qui l’en­toure. Et c’est cette sen­si­bi­li­té, ce re­gard cri­tique, qu’il doit par­ta­ger. La Tour de vigie est là pour le mon­trer : « il est temps que les ar­tistes se servent de bric et de broc pour éle­ver des tours, res­ter vi­gi­lant, être l’ar­tiste de garde s’il le faut », dixit Fred Mars Lan­dois.

Le pro­pos est simple et ef­fi­cace, Fred Mars Lan­dois en­fonce des portes ou­vertes; ou, pour filer une mé­ta­phore de sai­son, dis­tri­bue une pi­qûre de rap­pel à un pa­tient qui pense être déjà im­mu­ni­sé. A tort ou à rai­son.

Pas­cale Riou, Oc­tobre 2010

Nobody knows the trouble I’ve seen
Nobody knows the trouble I’ve seen
Nobody knows the trouble I’ve seen
Nobody knows the trouble I’ve seen
Nobody knows the trouble I’ve seen
Nobody knows the trouble I’ve seen
Nobody knows the trouble I’ve seen
Nobody knows the trouble I’ve seen
Nobody knows the trouble I’ve seen
Nobody knows the trouble I’ve seen
Nobody knows the trouble I’ve seen
Nobody knows the trouble I’ve seen
Nobody knows the trouble I’ve seen

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